[Analyse] Elections Départementales 2015 – Le FN, bras armé de l’Unipartisme

Chaque élection apporte son lot d’information et d’enseignement. Il faut pour cela prendre du recul, et l’inscrire dans son contexte à travers les dynamiques qui sont en jeu.

Le premier constat est celui de la nouvelle hausse du FN, notamment au regard du format de cette élection locale qui ne lui était pas favorable. Les scores du second tour (>35% dans la plupart des cantons, plus de 30 élus) indiquent une nouvelle progression et confirment la dynamique poursuivie depuis que le duo M. Le Pen – Philipot est aux affaires.

La véritable cause de la montée du vote FN reste l’échec les effets de la politique libérale et mondialiste. Il suffit de regarder la courbe du chômage pour deviner, dans le sens inverse, celle du FN. La « peur de l’autre », le « repli sur soi même » ne sont que des éléments de langages soufflés par la caste des dir’com, dont est d’ailleurs issue notre vénérable Manu El Blanco.

Ce n’est pas la comparaison du nombre de départements gagnés qui importe. Mais bien celle des scores obtenus qui confortent l’enracinement d’un Bipartisme entre le FN et le duo UMP/PS.

Du Tripartisme proclamé au Bipartisme de façade

Tout raisonnement analytique lucide amène à classer l’UMP et le PS dans le même camp : celui de leur politique commune, à savoir l’application rigoureuse et  aveugle des directives européennes dictées par le gouvernement non élu (et les lobbies) de Bruxelles. L’alternance des victoires/défaites de l’UMP et du PS suivant qu’ils soient ou non au pouvoir est systématique. Elle en devient même grotesque lorsque l’UMP affirme que les français rejettent « massivement » par les urnes la politique du PS, eux qui ont essuyé exactement les même revers sous Sarkozy… en appliquant exactement la même politique!

On se retrouve alors clairement dans un système bipartite, au sein duquel l’électeur est amené à choisir en faveur de la continuation de la même politique (un coup l’UMP, un coup le PS), ou en faveur de ce qui nous est présenté comme une alternative. Le rapport de force en Mars 2015 se situant entre 70%/30% et 60%/40%.

Néanmoins, ce Bipartisme de façade qui s’installe est trompeur. Cette élection le confirme : il est assez compliqué (sauf exception) pour le FN de se rapprocher des 50% sur de larges zones géographiques (effet de nivellement par les masses). Et pour cause, l’image du FN reste pour le moins tumultueuse, et ses écarts de conduite réguliers lui assurent son statut de parti diabolisé. En conséquence, seules les plus grandes victimes des politiques économico-sociales (ouvriers et employés) votent massivement FN. Les autres classes sociales, moins touchées, ne peuvent s’y résoudre par simple compassion.

Le FN : brise-glace des solidarités de classe traditionnelles

Et c’est là tout le « truc » : la solidarité de classe traditionnelle entre ouvriers et « bourgeois de gauche » se brise face à l’épouvantail FN. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la soumission pro-Bruxelles médiatique semble être proportionnelle au niveau social supposé de ses spectateurs/auditeurs/lecteurs (e.g. Arte, France Culture, Le Monde).

L’équation est donc simple : contenir la colère des victimes d’un Système (celui de la triple peine UE-OTAN-Euro) dont la remise en question politique n’est portée QUE par un parti intouchable pour le reste de la population. Les idées « dangereuses » pour le Système (comme la sortie de l’Euro) se retrouvant ainsi confondues avec les infréquentables qui les portent médiatiquement. Il est dès lors aisé (avec l’aide des médias) de contenir la montée de « l’Opposition » en dessous de 30% au premier tour, et autour de 40% au second.

On assiste alors à l’encapsulation de ce qui s’oppose fondamentalement aux politiques successives des homo-politicos UMP/PS au sein d’un FN par construction inéligible. Ce qui impose de facto une politique unique sur les sujets essentiels, c’est-à-dire l’Unipartisme.

Cet Unipartisme de fait est d’ailleurs la norme dans de nombreux pays dit « Démocratique » : en effet, hormis là encore quelques débats de politique sociétale (donc mineurs), qui peut énoncer les différences fondamentales de politique économique entre Démocrates et Républicains aux US, entre Travaillistes et Conservateurs aux UK etc..?

Alors que les « observateurs » avancent l’émergence d’un Tripartisme en France, et que le FN se présente comme « l’unique opposant face à l’UMPS », ce Bipartisme de façade n’est en réalité qu’un Unipartisme, au sein duquel le jeu de « l’alternance », alimenté par les pseudo-clivages de ses courants, ne se joue que sur des sujets secondaires.

Vous avez détesté le sarkozysme en 2010? Vous détestez le hollando-valssisme en 2015? Et bien réjouissez-vous, car vous aurez l’un ou l’autre en 2017.

Et le FN est là pour s’en assurer.

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