[Analyse] Écologie vs. Libéralisme, ou la question du paradigme économique

Churchill avait coutume de dire (selon la légende) que le meilleur argument contre la démocratie était une discussion de cinq minutes avec l’électeur moyen. Dans la même veine, l’un des meilleurs arguments contre le capitalisme libéral est probablement une discussion avec un économiste « Friedmanien » (ce qui de nos jours fleurte avec le pléonasme). Ce dernier finira forcement en dernier recours, pour peu que vous grattiez bien, par sortir l’argument ultime qui fait office de postulat de base à toute sa conception du monde : « more stuff is good », soit la défense inconditionnelle du toujours plus. A cet effet, la maximisation de la quantité de choses produites, en tant que but suffisant en soi, est à même de justifier le prix payé par la population mondiale à sa mise en œuvre (guerres, violence sociale, déracinement etc…).

Qualitatif vs. Quantitatif

Prenons comme hypothèse – généralement acceptée – que l’évaluation de la production est totalement mesurable selon deux axes : le quantitatif et le qualitatif. L’argument quantitatif est le seul posé comme hypothèse de base nécessaire à la justification du libéralisme par ses tenants. L’argument qualitatif est au mieux un complément subsidiaire – quand il n’est pas au final un obstacle (e.g. obsolescence programmée).

La critique de l’axiome quantitatif, soit le « more stuff is (always) good », est donc la seule valable afin de procéder à toute critique radicale pertinente du capitalisme libéral intégral comme horizon indépassable de nos structures politico-economiques (et donc sociales). En effet, si celui-ci est accepté comme suffisant, tout ce qui en découle (l’idéologie mondialo-libérale) est cohérent. Par ailleurs, critiquer les effets du libéralisme, sans critiquer la cause relèverait de l’impertinence dialectique chère aux agitateurs et opposants stériles si utiles au système.

Cet état de fait est primordial lorsque l’on évoque la problématique liée à l’écologie et ses enjeux. Passons par ailleurs sur le fait qu’il est de plus en plus de bon ton de réduire la problématique écologique à la simple question (pourtant subsidiaire) du Climat. La question générale ici sera : le traitement politique de l’écologie s’inscrit-il dans le cadre du « more stuff is good »?

Tâchons d’y répondre par l’absurde, et admettons que l’Écologie Politique (i.e. COP21, Al Gore etc…) s’inscrive plutôt dans le postulat qualitatif concernant la production. Le but principal affiché (que nous retiendrons) est celui de la réduction des émissions de CO2 (et CO). Une mesure de bon sens qui saute aux yeux serait par exemple celle de la mise en place d’une TVA variable en fonction de la distance entre le lieu de production, et le lieu de vente, notamment pour les produits agricoles. En effet, cela aurait le mérite, à la fois de limiter grandement « l’empreinte carbone » des produits ainsi consommés, mais aussi bien évidemment de favoriser la qualité des produits, en particulier les produits agricoles (culture moins intensive, produits plus frais, moins de conservateur, etc…).

Or, il apparaît bien qu’aucune des mesures de bon sens de ce type ne soit jamais abordée. Et pour quelle raison? Bien évidemment car cette logique, si elle augmenterait la qualité des bien acquis, diminuerait la quantité totale de biens consommés par chacun. En effet, l’optimisation de l’exploitation des différences de coûts de main d’œuvre entre les différentes zones productives de la planète serait compensée par ce type de « TVA écologique » qui deviendra prohibitive pour les pays producteurs éloignés des lieux de ventes (on veut sauver la planète ou non?).

Taxe Carbone : Mirage Écologique ou Arnaque Politique ?

C’est donc la logique quantitative (« plus de produits, moins de qualité ») qui l’emporte toujours sur la logique qualitative. La solution politique envisagée, i.e. la taxe Carbone, est d’ailleurs clairement liée à la logique quantitative. Elle constitue pourtant une arnaque écologique. Elle ne sera en effet qu’un impôt de plus sur une production vouée à augmenter toujours plus. Son impact sur la production de CO2 et sur les activités polluantes de manière générale restera marginale car elle ne provoquera pas d’incitation à modifier la façon dont on produit. En tant que simple impôt de plus, tout juste sera-t-elle bonne à stimuler les cerveaux des cabinets d’expertises en optimisation fiscale, et des fraudeurs toujours prompts à flairer l’arnaque (cf. affaire de l’arnaque a la TVA en Europe sur le marché du carbone).

L’argument suivant pourrait toutefois être avancé : la taxe Carbone devrait favoriser par exemple le développement de modes de transports sans CO2 (avions, bateaux, camions etc…). A cela il conviendra de répondre que :

  • ceci est très hypothétique.
  • cela ne réglerait pas le problème de la qualité.
  • la question des émissions de carbone n’est, au mieux, qu’une partie du problème de l’écologie. La question de la pollution, des déchets ou de l’appauvrissement des sols par exemple sont tout aussi urgentes à régler.

On voit donc bien que la question de l’Ecologie Politique (mais on pourrait faire un raisonnement similaire avec la Santé par exemple) est intimement liée au dogme de l’économisme libéral. Sa subordination à l’absolu quantitatif la met face à des contradictions indépassables. En revanche, de la même manière qu’une révolution copernicienne philosophique des économistes libéraux du Quantitatif vers le Qualitatif ouvrirait un vaste champ des possible à nos sociétés, la subordination de l’Écologie Politique au postulat du qualitatif permettrait d’enfin envisager des solutions véritablement…. écologiques (comme cette exemple de « TVA écologique » variable en fonction de la distance parcourue par les biens).

Conseils de lecture pour approfondir

  • Jean Claude MICHEA

Impasse Adam Smith : Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche

  • Luca GALLESI

Il était une fois l’économie

  • Steve KEEN

L’imposture économique

 

Bibliographie complète ici

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