[Analyse] Le mondialisme est-il pire que le colonialisme?

Le racialisme ethnique hier. Le racialisme économique aujourd'hui. Deux idéologies au service du même objectif : la légitimation des rapports de domination.

Le Mondialisme est au 21eme siècle ce que fut le Colonialisme au 20eme siècle. Soit une idéologie soutenue par des élites politiques, industrielles et financières  anglo-saxonnes (ou sous influence anglo-saxonne) au nom d’une vision judéo-protestante alliant messianisme, et impérialisme militaire avec comme horizon l’extension maximale du domaine de la marchandisation des échanges (au sens le plus large du terme).

Dans les deux cas, ces phénomènes sont à bien différencier de la Mondialisation, phénomène géographique et économique naturel de globalisation des échanges entre humains. Dans le cas du Mondialisme et du Colonialisme, nous avons affaire à une idéologie soutenant moralement des rapports de domination, ou dit autrement, à la vision d’une oligarchie cherchant à légitimer ses visées impériales.

Dans le cas du colonialisme, c’est une vision éthnico-raciale qui justifiait la prise de contrôle, par les sociétés de « race supérieure », sur les sociétés dites de « race inférieure ». Comme théorisé et énoncé à l’assemblée nationale en France par Jules Ferry devant les députés le 28 Juillet 1885, « les races supérieures ont un droit sur les races inférieures ».

Voici certains des arguments prononcés ce jour là par Jules Ferry:

  • « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation. »
  • « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures. »
  • « Mais il y a une autre forme de colonisation, c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un excédent de capitaux, ou bien un excédent de produits. Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux. Dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. »
  • « La première forme de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. »

Largement méconnue de nos jours, cette justification idéologique de l’épopée coloniale semble résonner aux sons des cloches mondialistes que l’on entend à longueur de journée de la bouche de nos élites contemporaines.

Du racisme ethnique au racisme économique

Sauf qu’à la différence du colonialisme, l’idéologie du mondialisme trouve son essence dans un racialisme économique, plutôt qu’ethnique. En effet, l’homo-economicus étant indifférencié par l’équivalence, à terme, de son potentiel de production/consommation, la différence se fait maintenant sur le terrain de la « racialisation » économique des différents territoires. C’est sur la base de cette ontologisation économique des sociétés que l’on fait partie des races supérieures, ou des races inférieures.

Ainsi, la race économique d’un pays se caractérise en regard de son niveau d’intégration au système capitaliste libéralisé. Ce aussi bien en termes de production que de consommation. Dans le mondialisme, on est donc de « race inférieure » si le système économique et social dans lequel on évolue ne correspond pas à l’alpha et l’omega des normes libérales occidentales : appareil productif privatisé, services ouvert à la concurrence (y compris la santé, les transports, et l’éducation), normes sociales pompeusement alignées sur les « Droits de l’Homme » à l’occidentale (assimilable en fait au Droits du Marché : celui de s’exprimer partout, et sur tout).

Et c’est ainsi qu’au nom de ces grands principes mondialistes, les guerres néocoloniales s’enchaînent depuis 30 ans, provoquant la mort de millions de civils, la destruction parfois partielle ou totale d’Etats non-alignés (Yougoslavie, Irak, Libye, Ukraine etc…), ou tout simplement plonge les pays dans des dépressions économiques et sociales (Grèce, Portugal etc…).

La légitimité de l’épopée colonialiste finit par s’évaporer sous le poids des contradictions de l’idéologie qui la soutenait. Il convient de même d’envisager le stade à partir duquel l’idéologie qui lui a succédé apparaîtra de la même manière tout aussi absurde. Et de se poser la question de savoir si une nouvelle idéologie poursuivant les mêmes objectifs de légitimation de rapports de domination à l’échelle mondiale en prendra la succession.

Conseils de lecture pour approfondir

  • Jean Claude MICHEA

Impasse Adam Smith : Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche

  • Luca GALLESI

Il était une fois l’économie

  • Steve KEEN

L’imposture économique

Bibliographie complète ici

[Analyse] Écologie vs. Libéralisme, ou la question du paradigme économique

Churchill avait coutume de dire (selon la légende) que le meilleur argument contre la démocratie était une discussion de cinq minutes avec l’électeur moyen. Dans la même veine, l’un des meilleurs arguments contre le capitalisme libéral est probablement une discussion avec un économiste « Friedmanien » (ce qui de nos jours fleurte avec le pléonasme). Ce dernier finira forcement en dernier recours, pour peu que vous grattiez bien, par sortir l’argument ultime qui fait office de postulat de base à toute sa conception du monde : « more stuff is good », soit la défense inconditionnelle du toujours plus. A cet effet, la maximisation de la quantité de choses produites, en tant que but suffisant en soi, est à même de justifier le prix payé par la population mondiale à sa mise en œuvre (guerres, violence sociale, déracinement etc…).

Qualitatif vs. Quantitatif

Prenons comme hypothèse – généralement acceptée – que l’évaluation de la production est totalement mesurable selon deux axes : le quantitatif et le qualitatif. L’argument quantitatif est le seul posé comme hypothèse de base nécessaire à la justification du libéralisme par ses tenants. L’argument qualitatif est au mieux un complément subsidiaire – quand il n’est pas au final un obstacle (e.g. obsolescence programmée).

La critique de l’axiome quantitatif, soit le « more stuff is (always) good », est donc la seule valable afin de procéder à toute critique radicale pertinente du capitalisme libéral intégral comme horizon indépassable de nos structures politico-economiques (et donc sociales). En effet, si celui-ci est accepté comme suffisant, tout ce qui en découle (l’idéologie mondialo-libérale) est cohérent. Par ailleurs, critiquer les effets du libéralisme, sans critiquer la cause relèverait de l’impertinence dialectique chère aux agitateurs et opposants stériles si utiles au système.

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