[Analyse] Brexit – Enseignements et Perspectives

« Pourtant tout le monde sait que l’Angleterre, en tant que grand État, et que nation fidèle à elle-même, ne consentirait jamais à se dissoudre dans quelque utopique construction » - De Gaulle, 27 Novembre 1967

Les tenants de l’idéologie de la Fin de l’Histoire en sont pour leur frais. En ce jour du 23 Juin 2016, une nouvelle page s’écrit. Non pas en raison des conséquences direct d’un départ du Royaume Uni de l’UE, mais plutôt en raison de ce que le vote sans équivoque des anglais en faveur du Brexit révèle, et annonce.

Souviens toi, l’été dernier…

Le principe de Démocratie est le principal argument de domination morale des sociétés occidentales sur le « reste du monde ». Il est le moyen par lequel se manifestent les Droits de l’Homme, véritable socle idéologique du bloc occidental (il n’y a qu’à regarder les justifications invoquées à toutes les interventions militaires occidentales depuis 30 ans).  Le référendum est sans doute l’expression la plus « pure » (dans l’esprit) de la Démocratie. Il permet de trancher de manière claire, et incontestable (pour peu que le décompte des votes le soit également).

On vient d’assister, en moins d’un an, à trois référendums (en Grèce sur l’accord avec ses créanciers, au Pays-Bas sur l’accord d’association économique entre l’UE et l’Ukraine, et donc au Royaume-Uni) qui, directement ou indirectement, appelaient à un vote de confiance envers les instances dirigeantes de l’UE. Les trois résultats nous enseignent de manière indiscutable que les populations rejettent massivement ce qu’est devenu Bruxelles : un centre de pouvoir oligarchique corrompu, autoritaire, et soumis aux lobbies industriels et financiers.

Deuxième enseignement : le retour du Peuple (à savoir, pour les négationnistes du fait populaire : « ceux sur qui s’exerce le Pouvoir », comme l’avait bien expliqué Onfray à Moix). Le Peuple ne demande rien d’autre (par construction) que de déléguer, d’une manière ou d’une autre, à des élites les décisions qui prédisposent à sa destinée. La question de la légitimité n’étant pas tant le fait du mode de désignation (vision moderne mais réductrice en dernier lieu, liée à l’apologie nécessaire de la démocratie parlementaire), que de celui de l’exercice. En d’autres termes, une élite ne tire pas tant sa légitimité de son processus de désignation, que de ce qu’elle fait de cette délégation. Ainsi, le ressenti de ceux sur qui s’exerce le Pouvoir se nourrit de cet exercice du Pouvoir, et finit par conduire à l’adhésion, ou au rejet. De manière finalement très binaire. Les résultats de ces trois référendums, mais également des nombreuses élections dans d’autre pays de l’UE (Pologne, Portugal, Autriche etc…) sont l’expression de ce rejet. Rejet qui doit être bien compris comme celui du Peuple envers ses Élites dirigeantes. C’est-à-dire un rejet vertical, du bas vers le haut.

Ceci nous amène à anticiper les réactions de cette Élite au statut menacé. En mettant de côté l’hypothèse assez improbable de la remise en question, il convient d’anticiper son mode opératoire de défense à venir. Menacée par ce rejet vertical, de la base vers le sommet, la parade classique consiste à l’horizontalisation de cette énergie du rejet. Ainsi, à cette défiance envers le haut doit se substituer une autre défiance, face à une autre menace qu’il convient de matérialiser.

La première option est de jouer sur la menace horizontale endogène : à savoir jouer sur les lignes de fractures horizontales à l’intérieur de la société, celle ci pouvant être par exemple ethniques ou religieuses. Il est assez simple de creuser sur ces lignes de fractures, par exemple en favorisant le développement du communautarisme, ou bien en soufflant sur les braises parfois vivaces d’un passé historique potentiellement douloureux et habilement manipulé (e.g. passé colonial, guerre d’Algérie etc…). Les options sont nombreuses, et efficacement exploitables dès lors que l’on dispose des leviers de propagande médiatique et culturelle.

La deuxième option consiste cette fois à jouer sur la menace horizontale exogène : dans ce cas, c’est de l’extérieur que doit venir la menace. L’idéal étant celle d’un pays Méchant sur le point de nous envahir et face auquel il est nécessaire de se serrer les coudes (comprendre en finir avec le rejet vertical). C’est un grand classique, dont l’une des plus belles illustrations fut la nécessité imposée de « l’Union Sacrée » en 1914, qui permit de noyer par exemple le syndicalisme révolutionnaire (gauche populaire) dans la gauche parlementaire (gauche bourgeoise), donnant ainsi naissance à LA Gauche socialiste. Il est donc possible d’envisager qu’on nous présentera bientôt un pays (ou plusieurs) comme une menace pour notre intégrité, et contre lequel il faut s’unir (ou plutôt rester uni dans notre cas). En d’autres termes, on ne sera pas étonné qu’on nous annonce les chars russes à Varsovie, Berlin, voire Paris d’ici cet automne, des portes avions chinois en méditerranée, et même des missiles Nord Coréens à Rome…

Dans un cas comme dans l’autre, cet effort à prévoir de dilution de la contestation verticale permettra de gagner du temps. Ce qui va devenir un enjeu crucial. En effet, suite à tous les effets d’annonce grotesque mis en avant durant la campagne de propagande, allant jusqu’à annoncer (sans rire) « la fin du monde et de la civilisation occidentale », et vu que rien de tout cela ne va se passer comme annoncé, il va bien falloir meubler. Sous peine de voir d’autres pays tentés de faire la même chose et se libérer de la tutelle bruxelloise. Or, autant le RU n’était que très peu lié à l’UE en fin de compte (pas dans l’Euro, pas dans Schengen), autant le départ d’un pays membre de la zone Euro (et a fortiori la France, l’Italie ou l’Allemagne) provoquera la fin de l’UE (et donc la dissolution de toute la clique de Bruxelles).

S’il semble que cela ne soit maintenant qu’une question de temps, vue la dynamique initiée par le peuple grecque il y a près d’un an, il sera intéressant de voir si on assistera plutôt à scénario de prise de conscience d’un des pays martyrisés tel l’Espagne (peu probable) ou l’Italie, à une anticipation rationnelle et consciente de l’arrogante Allemagne sifflant la récré (tout à fait possible mais politiquement délicat), ou même à l’émergence d’un front de l’Est (Pologne, Hongrie, République Tchèque en tête), qui n’a pas quitté 60 ans de dictature moscovite pour subir l’autoritarisme bruxellois.

Pile je gagne, face tu perds?

Il n’en reste pas moins que la perspective d’une fin annoncée de l’UE ne doit pas forcément apparaître comme une fin en soi. On peut certes légitimement envisager une fenêtre de tir historique pour l’établissement d’une saine « Coopération des Nations » un brin utopique. Cette « Paix de Westphalie » du 21eme siècle pouvant allier, soyons fous, État Providence (redistribution sociale des gains énorme de productivité), promotion culturelle (fin de « l’uniformisme » culturel), consommation harmonieuse (soit l’écologie authentique) et, assurant de manière indirecte la sécurité (fin de l’ingérence politique, et de l’interventionnisme militaire).

Néanmoins, il semble peut probable que les intérêts liés au mondialisme (aux finalités en opposition totale avec une telle utopie), ne se laissent damner le pion aussi facilement. L’exploitation des rapports de domination a toujours prédominé aux utopies pacifistes. Il peut donc être intéressant d’envisager que les conséquences du Brexit sauront, tout comme le statut quo l’aurait permis d’une autre manière, jouer en faveur du mondialisme. Elle offre en effet des opportunités nouvelles, et peut être plus violentes. Le système financier mondial asphyxié par la dette est un château de cartes prêt à s’effondrer à tout moment. Que serait-il d’ailleurs sans les QE (Quantitative Easing) coordonnées des plus grandes banques centrales depuis prêt de 10 ans? Sans les QE, et les taux négatifs (leur corollaire), comment (et dans quelles conditions) les Etats auraient ils refinancé leur dette?

Il suffit d’appuyer sur un bouton pour envoyer par le fond des pans entiers des économies occidentales. La Deutshe Bank, et avec elle le système financier allemand (en particulier les retraites) est en sursis et vit sous perfusion. Dans une Europe sous perfusion économique, soumise au chômage de masse, en particulier des jeunes, c’est l’ensemble des prestations sociales (chômage, santé, minima sociaux) ainsi que les retraites, qui sont menacées. Il suffit « d’appuyer sur le bouton » pour que le château de cartes fragilisé par l’absurdité du système de parité fixe des changes appelé « Euro » s’effondre.

Ordo ab chao

Du chaos nait l’ordre. Les forces mondialistes pourraient bien être tentées de profiter de cet adage bien connu afin de justifier la mise en place d’une forme de gouvernance mondiale assumée, fantasmée par les élites mondialistes. La gouvernance mondiale non assumée est déjà à l’œuvre (FMI, Banque Mondiale, G7, G20, COP21, OMC, Banques, etc…). Elle permet, sans « légitimité » élective, d’imposer un certain nombre de règles, c’est a dire d’exercer une gouvernance (il serait assez ridicule de le nier en 2016). Mais la gouvernance n’est pas le contrôle. Et sans le contrôle total, il reste encore la possibilité au Peuple d’avoir son mot à dire. Le nouvel ordre promu après le chaos provoqué par une mise en faillite des Etats (via la dette et la monnaie) serait alors l’occasion de rompre avec ce contrôle… jusqu’au prochain soubresaut populaire….

[Analyse] Le mondialisme est-il pire que le colonialisme?

Le racialisme ethnique hier. Le racialisme économique aujourd'hui. Deux idéologies au service du même objectif : la légitimation des rapports de domination.

Le Mondialisme est au 21eme siècle ce que fut le Colonialisme au 20eme siècle. Soit une idéologie soutenue par des élites politiques, industrielles et financières  anglo-saxonnes (ou sous influence anglo-saxonne) au nom d’une vision judéo-protestante alliant messianisme, et impérialisme militaire avec comme horizon l’extension maximale du domaine de la marchandisation des échanges (au sens le plus large du terme).

Dans les deux cas, ces phénomènes sont à bien différencier de la Mondialisation, phénomène géographique et économique naturel de globalisation des échanges entre humains. Dans le cas du Mondialisme et du Colonialisme, nous avons affaire à une idéologie soutenant moralement des rapports de domination, ou dit autrement, à la vision d’une oligarchie cherchant à légitimer ses visées impériales.

Dans le cas du colonialisme, c’est une vision éthnico-raciale qui justifiait la prise de contrôle, par les sociétés de « race supérieure », sur les sociétés dites de « race inférieure ». Comme théorisé et énoncé à l’assemblée nationale en France par Jules Ferry devant les députés le 28 Juillet 1885, « les races supérieures ont un droit sur les races inférieures ».

Voici certains des arguments prononcés ce jour là par Jules Ferry:

  • « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation. »
  • « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures. »
  • « Mais il y a une autre forme de colonisation, c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un excédent de capitaux, ou bien un excédent de produits. Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux. Dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. »
  • « La première forme de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. »

Largement méconnue de nos jours, cette justification idéologique de l’épopée coloniale semble résonner aux sons des cloches mondialistes que l’on entend à longueur de journée de la bouche de nos élites contemporaines.

Du racisme ethnique au racisme économique

Sauf qu’à la différence du colonialisme, l’idéologie du mondialisme trouve son essence dans un racialisme économique, plutôt qu’ethnique. En effet, l’homo-economicus étant indifférencié par l’équivalence, à terme, de son potentiel de production/consommation, la différence se fait maintenant sur le terrain de la « racialisation » économique des différents territoires. C’est sur la base de cette ontologisation économique des sociétés que l’on fait partie des races supérieures, ou des races inférieures.

Ainsi, la race économique d’un pays se caractérise en regard de son niveau d’intégration au système capitaliste libéralisé. Ce aussi bien en termes de production que de consommation. Dans le mondialisme, on est donc de « race inférieure » si le système économique et social dans lequel on évolue ne correspond pas à l’alpha et l’omega des normes libérales occidentales : appareil productif privatisé, services ouvert à la concurrence (y compris la santé, les transports, et l’éducation), normes sociales pompeusement alignées sur les « Droits de l’Homme » à l’occidentale (assimilable en fait au Droits du Marché : celui de s’exprimer partout, et sur tout).

Et c’est ainsi qu’au nom de ces grands principes mondialistes, les guerres néocoloniales s’enchaînent depuis 30 ans, provoquant la mort de millions de civils, la destruction parfois partielle ou totale d’Etats non-alignés (Yougoslavie, Irak, Libye, Ukraine etc…), ou tout simplement plonge les pays dans des dépressions économiques et sociales (Grèce, Portugal etc…).

La légitimité de l’épopée colonialiste finit par s’évaporer sous le poids des contradictions de l’idéologie qui la soutenait. Il convient de même d’envisager le stade à partir duquel l’idéologie qui lui a succédé apparaîtra de la même manière tout aussi absurde. Et de se poser la question de savoir si une nouvelle idéologie poursuivant les mêmes objectifs de légitimation de rapports de domination à l’échelle mondiale en prendra la succession.

Conseils de lecture pour approfondir

  • Jean Claude MICHEA

Impasse Adam Smith : Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche

  • Luca GALLESI

Il était une fois l’économie

  • Steve KEEN

L’imposture économique

Bibliographie complète ici

[Doc] Comprendre les révolutions colorées

Ce documentaire de 2005 réalisée par Manon Loizeau décrit déjà à l'époque la façon avec laquelle la CIA prépare les révolutions colorées un peu partout dans le monde afin de porter au pouvoir un régime qui soit favorable à ses intérêts. On comprends ainsi ce qui se trame derrière les changements successifs de régime sur fond de mouvements sociaux légitimes.

Comment la CIA prépare les révolutions colorées (2005)

Dans un des articles précédant, nous sommes revenus sur la « Stratégie du Choc », décrite par Naomi Klein, appliquée afin de poursuivre des objectifs de domination politique, géopolitique, économique et militaire.

Si sa mise en œuvre était prédominante au cours de la Guerre Froide, afin notamment de procéder aux renversements de régimes, il apparaît que de nouvelles stratégies d’ingénierie sociale plus évoluées, en apparence discrètes et légitimes, aient permise aux administrations sous domination néoconservatrice d’arriver à leurs fins. C’est ainsi que l’on a vu apparaître des mouvements sociaux présentés comme spontanés, émanations de peuples en soif de liberté, et surtout avide de rentrer de plein pieds dans le sain des sains : le monde merveilleux de la consommation de masse.

Affublés de noms toujours plus chouette (révolution des roses, des tulipes, du cèdre), plus fun (orange, pourpre, bleu, vert…) plus doux (jasmin, lotus, tulipes..), plus… « j’espère vraiment qu’ils vont gagner! » par nos médias, tous plus indépendants les uns que les autres face aux enjeux économiques et géopolitiques qui se jouent dans les régions concernées, ces événements permettent objectivement tantôt:

En revanche, pas de mots doux, et peu de cas des « révolutions » de ce type lorsqu’elle mettent en péril des régimes dans le bon camp (cas particulièrement criant de Bahreïn, tout comme le Yémen actuellement). « L’intérêt » de ces deux cas étant de mettre en lumière le formidable « deux poids deux mesures » (pour ne pas dire l’arnaque totale) des causes prétendument défendus par nos politiques dans ces affaires.

Il n’est pas question ici de revenir sur les grognes sociales légitimes sur lesquels s’appuient ces phénomènes, mais de mettre en évidence le rôle déterminant joué par les services secrets occidentaux, en particulier la CIA, dans la fomentation de ce qui s’avère être une arme redoutable.

On sera particulièrement frappé dans ce documentaire, réalisée en 2005, par son exactitude voire son côté prophétique lorsqu’on le visionne avec le recul des événements qui se sont produits depuis 10 ans.

[Doc] Retour sur la Libye de Kadhafi

Il y a 4 ans, le 20 Octobre 2011, Mouammar Kadhafi, dirigeant de la Libye depuis 1969 (suite à un coup d’État renversant la monarchie en place), périssait lynché en place publique par la foule. Ce « spectacle » (visible sur le net pour ceux qui ont le cœur bien accroché…), dépassait dans l’horreur les pires exactions moyenâgeuses qu’aient connues les puissances occidentales dites « civilisées » et à l’origine de la destruction totale d’un des pays les plus stable et prospère africains.

En effet, bien que n’étant probablement pas le paradis sur Terre, la Libye de Kadhafi avait le mérite d’assurer à ses habitants des conditions de vie enviables pour beaucoup : prêt immobilier sans intérêts, nourriture gratuite, allocation chômage, prime à la naissance (7 000$), prime au mariage (64 000$!!), prime a la création d’entreprise (20 000$), éducation et médecine gratuite, électricité gratuite, essence à 14 centimes le litre etc…

Certes, il y avait certaines restrictions de liberté (alcool par exemple), mais ce régime d’essence laïque et socialiste n’offrait pas des conditions de vie pire que dans certains pays de l’UE actuellement…

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[Analyse] Hitler, Démocratie et État d’Urgence

Mythe de l'élection démocratique du régime Hitlérien, et réalité de la tentation de l’État d'Urgence Permanent comme seul horizon politique

Il est des affirmations que l’on retrouve fréquemment au détour de discussions, dont la portée fait souvent office d’argument massue, mais sans que ne soit jamais remise en cause sa pertinence historique. Parmi elles : l’affirmation selon laquelle la Démocratie a porté Hitler et son régime totalitaire au pouvoir, ou si l’on veut que « Hitler a été élu démocratiquement ».

Totalitarisme ou permanence de l’État d’Urgence?

Souvent utilisé dans le cadre de conversations ayant trait aux limites de la Démocratie, cet argument, si l’on ne prend pas en compte l’enchaînement effectif des événements, finit par être utilisé à contre sens. L’émergence du régime totalitaire hitlérien ne fut pas tant le résultat d’une victoire électorale, que celui de dérives et de récupérations politiques habiles des dignitaires nazis afin d’instaurer un État d’Urgence permanent. Celui-ci leur attribuait tous les pouvoirs face à ce qui était présenté comme la menace montante de l’époque : le bolchevisme.
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[Documentaire] La Stratégie du Choc, de Naomi Klein

Magnifique documentaire (adaptation du livre du même nom) décrivant la façon avec laquelle les politiques ultralibérales, issues de l’École de Chicago (M. Friedman), sont imposées appliquées à travers le monde depuis les années 70 via des chocs extrêmes systématiques désorientant totalement les populations. Dictatures militaires, guerres extérieures patriotiques, krachs boursiers, tortures arbitraires et politique du chaos total sont autant de moyens mis en oeuvre pour atteindre le but recherché : la captation des revenus des activités publics au bénéfice exclusif des grands groupes privés.

L’exemple le plus emblématique est celui de l’armée américaine. D’après le documentaire, celle-ci contenait en 1991, 1 contractuel (privé) pour 100 soldats réguliers (publics). En 2003, il y avait un équivalent de 10 contractuels. Ce chiffre n’a cessé d’exploser de manière exponentiel, de telle sorte qu’il y a maintenant (beaucoup) plus de contractuels privés que de soldats de l’armée régulière. Ce alors que M. Friedman avait déclaré qu’il ne fallait pas privatiser l’armée! Séquence d’ailleurs surréaliste lorsque G.W. Bush admet (hilare) qu’il ne sait pas lui-même de quelle juridiction dépendent ces soldats-contractuels-privés lorsqu’ils sont au front…

Communisme, Terrorisme, ou la fabrique de l’Ennemi Idéal

Il ressort de cette analyse le constat qu’il y a une symétrie parfaite entre ce que fût le spectre du Communisme durant la Guerre Froide, et celui du Terrorisme depuis en gros 9/11. Dans les deux cas, un « Ennemi » à la fois « partout et insaisissable ». Une « menace permanente pour notre Liberté » à même de justifier l’explosion des budgets militaires, les massacres « Guerres (Sainte) pour la Démocratie » (i.e. des bombardements massifs des populations civiles), et bien entendu la restriction massive des libertés individuelles au sein de nos propres sociétés (pour notre Sécurité).

A l’heure du « Choc des Civilisations », et alors que des opérations illégales (car hors mandat de l’ONU) ne créent même plus le soupçon d’un débat dans nos médias (c.f. le cas du Yémen depuis quelques jours, avec la bénédiction du « Monde Occidental »), la « Stratégie du Choc » est un prisme d’analyse pertinent supplémentaire. Pour la compréhension des causalités de la géopolitique mondiale, mais également pour la critique des réactions gouvernementales lorsque nous nous retrouvons nous même confrontés à ces chocs (attentats, catastrophe naturelle ou industrielle etc…).

Bon visionnage!